Commission habitat — notes d'un bénévole

Septembre 2024

Vieille maison en pierre de la région de Thionville avec toit en ardoise

J'ai été ingénieur à l'usine de Florange pendant trente-sept ans, du temps où ça s'appelait encore Sollac et où personne n'imaginait qu'un jour on pourrait voir les cheminées éteintes. Je suis à la retraite depuis 2019, et comme beaucoup d'hommes de ma génération qui ont passé leur vie dans un bureau d'études à résoudre des problèmes techniques précis, je me suis retrouvé en février 2020 avec beaucoup de temps devant moi et l'impression, légèrement vexante, que je n'avais appris à faire aucune chose qui me soit personnellement utile dans la vie civile. Mon épouse s'est moquée de moi assez gentiment pendant trois semaines avant de me suggérer, sans insister, que plusieurs de ses amies faisaient du bénévolat dans des commissions diverses au sein d'associations thionvilloises et que je pourrais peut-être y trouver quelque chose à faire. C'est comme ça que je me suis retrouvé, à soixante-cinq ans, à rejoindre la commission habitat d'une petite structure associative locale.

Ce qu'on fait, concrètement

La commission habitat, ce n'est pas le service social d'une mairie et ce n'est pas un opérateur agréé par l'ANAH. C'est quelque chose de plus modeste et à mon avis de plus utile. On reçoit trois ou quatre fois par mois des personnes âgées du bassin thionvillois, presque toujours des propriétaires de maisons construites entre 1930 et 1970, qui sont confrontées à un problème technique ou administratif dans leur logement et qui ne savent pas à qui en parler. L'hiver dernier on a reçu une dame du quartier de la Côte-des-Roses qui avait une fissure verticale de quarante centimètres dans un mur de refend et qui avait peur de dormir dans sa propre chambre. On a reçu un veuf de Yutz qui ne comprenait pas pourquoi sa facture de chauffage avait triplé et qui craignait, sans le dire vraiment, qu'on l'escroquait. On a reçu un couple de Terville dont la toiture en tuiles mécaniques de 1962 commençait à laisser passer l'eau par endroits.

Notre rôle n'est pas de résoudre ces problèmes. Notre rôle est d'écouter les gens, de comprendre de quoi il s'agit réellement (ce qui est souvent plus long qu'on ne croit, parce que les personnes qui viennent nous voir parlent d'abord de leur anxiété et seulement ensuite du problème technique), et d'orienter vers les bons interlocuteurs. Ces interlocuteurs changent selon la nature du problème : parfois c'est un thermicien, parfois c'est un expert en bâti ancien, parfois c'est tout simplement un voisin compétent que personne n'avait pensé à solliciter.

Les aides publiques, vues de la cuisine

Je ne vais pas prétendre que je comprends parfaitement le système des aides publiques à la rénovation. Personne ne le comprend vraiment, y compris les fonctionnaires qui l'appliquent. Ce que je peux dire, après trois années de bénévolat, c'est qu'il existe une ressource officielle qui est plus lisible qu'on ne croit pour comprendre l'essentiel des dispositifs d'aide à la rénovation du logement, et que la plupart des personnes que nous recevons ne la connaissent pas. Je parle du site de l'ANAH, l'Agence nationale de l'habitat. Sa page sur MaPrimeRénov' et le dispositif Habiter Mieux est, comparée à beaucoup d'autres sites administratifs français, étonnamment claire. Je la conseille systématiquement aux personnes qui viennent nous voir, après leur avoir expliqué oralement les grandes lignes.

Ce qui m'intéresse personnellement, au-delà des dispositifs eux-mêmes, c'est de comprendre la philosophie de ces aides. Pourquoi l'État finance-t-il la rénovation énergétique des maisons individuelles ? La réponse officielle est climatique. La réponse honnête est plus compliquée. Elle a à voir avec le fait qu'une partie importante du parc immobilier français, en particulier dans les zones ouvrières anciennes comme la nôtre, est aujourd'hui dans un état qui rend sa vente à perte quasi certaine si rien n'est fait. Quand j'écoute la dame de Côte-des-Roses parler de sa fissure, je n'entends pas seulement une question technique. J'entends une femme de soixante-douze ans qui sait que son unique patrimoine, la maison que son mari et elle ont achetée en 1978 à crédit sur quinze ans, vaut moins aujourd'hui que ce qu'il faudrait pour la rendre vivable. Les aides publiques sont aussi, et peut-être surtout, une tentative de ralentir cette dévalorisation silencieuse.

Trouver le bon pro : le casse-tête quotidien

Une fois qu'on a expliqué les aides, il faut trouver les artisans. C'est là que les choses deviennent vraiment compliquées. Notre commission n'est pas autorisée, pour des raisons déontologiques évidentes, à recommander tel ou tel professionnel en particulier. Nous n'avons pas d'agrément, pas de budget, pas d'assurance couvrant nos recommandations, et nous tenons à garder cette posture-là : nous sommes des voisins qui écoutent, pas des experts qui prescrivent. Mais nous pouvons orienter vers des ressources qui, elles, ont pignon sur rue. Pour le diagnostic préalable, en particulier sur les questions d'audit énergétique réglementaire, j'envoie régulièrement les gens vers un site fait par des professionnels qui prennent le temps d'expliquer les choses, avant même qu'il soit question de travaux. C'est, à mon avis, la meilleure façon d'aborder une rénovation : comprendre d'abord ce qu'on a, et seulement ensuite décider de ce qu'on veut en faire.

Pour la recherche des artisans eux-mêmes, je recommande aux personnes qui ont la capacité de naviguer un peu sur internet (c'est-à-dire moins de gens qu'on ne le pense) un annuaire français spécialisé qui référence les diagnostiqueurs et les professionnels du bâti par zone géographique. Il a le mérite d'exister, d'être à jour, et de ne pas donner l'impression d'un site piège. Pour les autres, ceux qui ne sont pas à l'aise avec internet, on continue à fonctionner au bouche-à-oreille, au carnet d'adresses, aux noms qu'on se transmet entre membres de la commission comme on se transmettrait, dans un autre contexte, le nom d'un bon médecin.

Ce que l'usine m'a appris

Je termine ce texte, qui n'avait pas vraiment vocation à être public, en revenant à la remarque avec laquelle je l'ai commencé : j'ai passé trente-sept ans à résoudre des problèmes techniques dans un bureau d'études. Quand on conçoit un train de laminage à chaud, on écrit des équations, on dessine des plans, on commande des pièces, on supervise les essais. C'est un travail précis et discipliné. J'ai appris, à l'usine, qu'aucun problème technique sérieux n'admet de solution sérieuse avant qu'on ait pris le temps de bien comprendre le problème. C'est exactement ce que je retrouve, à mon échelle modeste, dans le travail de la commission habitat. Les dames âgées qui viennent nous voir n'ont pas besoin qu'on leur vende une solution. Elles ont besoin qu'on les aide à nommer leur problème.

Voilà à peu près ce que je voulais dire. Ce carnet n'a pas de suite prévue. Si quelqu'un le lit, et si cette lecture le conduit à proposer son temps à une association de son coin, ce sera une raison suffisante pour que j'aie pris la peine de l'écrire.

sur le site de l'ANAH, l'Agence nationale de l'habitat